Dharavi inc.

Lors de mon premier voyage en Inde, il y a deux ans, je traînais un petit regret dans mon sac à dos : ne pas avoir visité le plus grand bidonville d’Asie, Dharavi.

Cette fois-ci, ce regret appartient au passé.

Aujourd’hui, j’ai enfin pu découvrir cette zone mythique de Mumbai, un endroit dont les chiffres seuls donnent le vertige. Imaginez près d’un million de personnes entassées sur à peine 2,4 km². Une densité difficile à concevoir… jusqu’à ce qu’on y mette les pieds.

Accompagné d’un guide, ma visite a commencé dans la partie industrielle. Car Dharavi n’est pas seulement un enchevêtrement de cabanes serrées les unes contre les autres. C’est aussi une véritable machine économique qui génère environ un milliard de dollars américains par année.

Et ça, je ne l’avais pas vu venir.

Au fil des ruelles étroites et sombres, je découvre une incroyable fourmilière d’activités : de petits ateliers d’ébénisterie, des tailleurs confectionnant des vêtements, des centres de recyclage où s’empilent verre, métal et plastique, des ateliers de tissage et de teinture.

Dans ce dédale presque labyrinthique, je tombe aussi sur plusieurs ateliers de cuir. Des artisans y découpent, cousent et teignent des peaux de buffles, de moutons ou de chèvres avec une précision impressionnante. Dharavi possède même sa propre marque de vêtements et d’accessoires de cuir fabriqués sur place.

Avouez que c’est loin de l’image que l’on se fait habituellement.

On est aussi très loin du scénario du célèbre film Slumdog Millionaire, qui a pourtant été tourné ici et qui a contribué à façonner l’imaginaire collectif autour du quartier.

L’énergie du quartier

Lorsque la visite s’est poursuivie dans la partie résidentielle, c’est là que Dharavi s’est véritablement animé devant mes yeux.

Dans les corridors minuscules, les enfants jouent et courent en riant. Un peu plus loin, un terrain de cricket improvisé occupe un espace si étroit qu’une allée de quilles aurait de la difficulté à s’y installer.

La vie quotidienne s’organise partout autour de moi.
Des parents font les courses.
Certains attendent l’arrivée de l’eau — disponible seulement quelques heures par jour.
D’autres discutent simplement devant leur porte.

Et puis, au détour d’une ruelle, surgissent parfois de petites surprises : un minuscule parc, une école, ou encore ces innombrables commerces de proximité où les habitants viennent s’offrir un petit plaisir.

Pour les plus jeunes : un soda, un sac de croustilles ou une barre de chocolat.
Pour les moins jeunes : un peu de tabac.

Kumbhar Wada

Au cœur de Dharavi se cache aussi un quartier fascinant : Kumbhar Wada.

Cette colonie de potiers est l’une des plus anciennes du secteur. Depuis des générations, des familles entières y fabriquent à grande échelle des diyas, des matkas, des pots à fleurs et toutes sortes de vases en terre cuite.

Partout, les ateliers s’enchaînent.
Les mains façonnent l’argile avec une rapidité hypnotisante.
Et au-dessus des toits, la fumée des fours s’élève doucement.

Lorsque les rayons du soleil parviennent à se faufiler dans ces ruelles étroites et rencontrent cette fumée flottante, l’atmosphère devient presque irréelle.

Pour un photographe, c’est un spectacle absolument magique.

Dangereux… vraiment?

Une fois la visite terminée avec mon guide — et après un excellent repas dans un petit restaurant local — j’ai décidé de retourner dans Dharavi.

Mais cette fois, seul.

Avec ma méthode favorite : l’errance totale.

Tourner à gauche… puis à droite… encore à droite… peut-être à gauche… je ne saurais même plus le dire. Et c’est exactement ce que je voulais.

Mon objectif : me perdre.

Mission accomplie.

À un moment donné, je n’avais absolument aucune idée d’où je me trouvais dans ce gigantesque labyrinthe.

Si j’avais écouté tous ceux qui affirment qu’il ne faut jamais s’aventurer seul à Dharavi… que c’est dangereux, risqué, et qu’on n’y est pas le bienvenu… je n’aurais probablement jamais vécu ce moment.

Car durant toute cette balade improvisée, ce que j’ai surtout reçu, ce sont des sourires.
Des poignées de main.
Quelques échanges spontanés.

Alors si tout cela représente un danger…

Eh bien oui — je suppose que ma vie ne tenait qu’à un fil.

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