Journée haute en couleurs

Permettez-moi de commencer par un petit détour historique.

Pour les gens du Québec, saviez-vous que l’Inde possède aussi son « Sept-Îles »? Eh oui. Mumbai — que l’on appelait Bombay sous le régime britannique jusqu’à l’indépendance de l’Inde en 1947 — était autrefois un archipel de sept îles marécageuses habitées par une communauté de pêcheurs : les Koli. Au fil du temps, ces îles ont été réunifiées, remodelées, agrandies, jusqu’à devenir la mégalopole dense et vibrante que l’on connaît aujourd’hui.

C’est justement à la rencontre de cette communauté Koli que je suis allé ce matin, du côté de Sassoon Dock, dans le quartier de Colaba, tout au sud de Mumbai.

Et pourquoi parler d’une journée « haute en couleurs »?

Parce qu’à peine arrivé près des quais, j’ai eu l’impression d’entrer dans une véritable explosion visuelle. Les bateaux de pêche bariolés, les caisses débordantes de poissons, et surtout les femmes, vêtues de magnifiques saris aux couleurs éclatantes, formaient une mosaïque vivante au milieu d’un tourbillon d’activités. Les pêcheurs revenaient tout juste de la mer, déchargeant leur cargaison pendant que le marché improvisé prenait vie à toute vitesse.

À ce spectacle déjà intense s’ajoutaient les rôdeurs ailés qui tournaient au-dessus de nos têtes. Corbeaux familiers, aigrettes garzettes et goélands profitaient sans gêne des entrailles et des rejets de poissons et de crustacés. Ils plongeaient, se chamaillaient, surgissaient de nulle part. Il fallait presque s’écarter de leur trajectoire tellement leur ballet était frénétique lorsqu’une proie attirait leur attention.

Et puisque nous sommes aujourd’hui le dimanche 8 mars, journée internationale des femmes, j’ai porté une attention toute particulière à leur rôle sur les quais. Si ce sont les hommes qui prennent la mer, ce sont les femmes qui prennent le relais à terre. Elles trient, nettoient, préparent et organisent la vente de la pêche du jour. Habituellement plus réservées devant mon objectif, elles semblaient ce matin trop occupées par le tumulte ambiant pour vraiment remarquer ma présence. Un contexte idéal pour saisir des scènes naturelles, prises sur le vif, au cœur de l’action.

J’ai poursuivi ce marathon de couleurs vers le quai adjacent, où plusieurs pêcheurs étaient assis à réparer leurs filets. Là encore, un autre tableau se dessinait : des filets rouges et bleus étalés au sol, soigneusement ramendés à la main. Un spectacle simple, mais fascinant.

Après quelques heures seulement, j’ai quitté Sassoon Dock avec le corps déjà écrasé par le soleil — pourtant encore matinal — et l’esprit saturé par toute l’intensité de ce que je venais de vivre.

Sur le chemin du retour, en errant au hasard des rues, quelques visages croisés m’ont inspiré quelques portraits improvisés.

Et demain… changement de décor.

Je pars visiter l’un des plus grands bidonvilles d’Asie : Dharavi.

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