God’s Own Country
Dès les premiers instants passés au Kerala, une évidence s’impose : je ne suis plus tout à fait en Inde… du moins, pas celle que j’avais appris à connaître plus au nord.
Ici, tout semble différent.
Le Kerala, que l’on surnomme affectueusement God’s Own Country, porte bien son nom. La portion de cet État que j’ai eu la chance de découvrir m’a frappé en plein cœur, comme un coup de foudre inattendu. Impossible de rester indifférent.
Il y a d’abord cette douceur omniprésente.
Les voix, les accents, le malayalam qui chante presque à chaque phrase… comme une mélodie constante en arrière-plan. Puis viennent les saveurs : riches, parfumées, envoûtantes. Et enfin, ce décor. Une nature luxuriante, presque exubérante, où l’eau est partout. La mer d’Arabie qui borde les côtes, les canaux qui serpentent les terres, les reflets qui dansent à chaque regard.
Ici, on ne visite pas vraiment… on se laisse porter.
Une autre façon de voir
Mais cette douceur a aussi ses exigences.
Photographiquement, j’ai dû m’adapter.
Le rythme lent, presque suspendu du Kerala, m’a obligé à ralentir moi aussi. À observer autrement. À chercher ce que je n’avais pas l’habitude de voir.
Les scènes ne s’imposent pas avec la même intensité qu’ailleurs. Elles se dévoilent, timidement, dans les détails. Les jeux d’ombres, que j’affectionne tant, se font plus rares. Le soleil, souvent direct, m’oblige à composer différemment — à jouer avec les contre-jours, à sculpter des silhouettes plutôt qu’à capturer des expressions.
Moins d’instinct, plus de patience.
Moins de vitesse, plus de contemplation.
Les Backwaters
Le Kerala est célèbre pour ses backwaters, ces labyrinthes de canaux d’eau douce qui s’étirent parallèlement à la mer.
J’ai eu la chance d’en parcourir une partie à bord d’un kettuvallam — un houseboat traditionnel en bois, aujourd’hui transformé pour accueillir quelques voyageurs. À bord, un capitaine, un cuisinier… et le temps qui ralentit encore d’un cran.
On glisse doucement sur l’eau, au cœur de ce que certains appellent la Venise de l’Orient.
Les rives défilent lentement, dévoilant une vie simple, paisible, presque hors du temps. Des enfants qui saluent, des pêcheurs concentrés, des maisons discrètement posées entre les palmiers.
Pour une fois, j’ai accepté de poser mon appareil.
Ou du moins, de le laisser respirer.
J’ai capturé quelques images, bien sûr… mais surtout, j’ai choisi de vivre le moment. Pleinement.
Le rythme
Après Goa, puis Kochi, deux étapes où j’ai dû lever le pied, apprendre à ralentir, à m’aligner sur le tempo du sud…
Le voyage prend maintenant un autre tournant.
Demain, je m’envole vers Varanasi. Une ville que j’avais profondément aimée lors de mon premier passage en Inde. Une ville à laquelle je m’étais promis de revenir.
Cette fois, je sais ce qui m’attend.
Le pied sur l’accélérateur, je retrouverai ce rythme plus intense, plus brut, celui qui nourrit instinctivement ma photographie.
Mais quelque chose me dit que le Kerala, lui, ne me quittera pas si facilement.