Hors des sentiers battus

Hier, je vous parlais d’adrénaline, de découvertes culturelles et de tous ces lieux qui font rêver les voyageurs. Les temples, les Durbar Square des vieux quartiers, l’Himalaya, les treks et, au loin, le toit du monde. Tous ces endroits que les visiteurs viennent chercher lorsqu’ils posent le pied au Népal.

Mais il y a une autre partie de Katmandou qui m’attire davantage.

Le photographe de rue en moi a besoin de quitter les itinéraires balisés. De s’éloigner des cartes postales. J’ai besoin de sentir la ville respirer. De voir la vraie vie des Népalais, celle qui se déroule loin des regards des touristes, dans ces rues ordinaires où les gens vivent simplement leur quotidien. Ceux qui, ici, croisent rarement des visiteurs. Un peu comme chez nous, dans nos petits patelins.

Ma street

La photographie de rue, telle que je la conçois, n’a pas forcément besoin de temples majestueux ni de monuments chargés d’histoire. Ce n’est pas ce que je vous ai montré au cours des dernières semaines.

Ce qu’il me faut, ce sont des gens bien ordinaires. Une lumière franche, parfois dure, qui découpe les silhouettes. Un décor banal, presque insignifiant. Une devanture défraîchie, une ruelle étroite, une façade écaillée.

Et ici, au Népal, comme au Bangladesh et en Inde plus tôt dans ce voyage, tout semble baigner dans la couleur. Les murs, les enseignes, les portes, les vêtements. Rien à voir avec nos environnements monochromes où tout doit être uniforme, harmonisé selon les règles invisibles des grands penseurs de l’urbanisme.

Bishnumati

En fouillant la carte de la ville, je cherchais un point de départ pour mon expédition du jour. Un endroit accessible à pied depuis mon appartement, mais dans la direction opposée à la foule.

C’est là que j’ai remarqué une rivière qui descend vers le sud : la Bishnumati.

Voilà. J’avais mon itinéraire.

J’ai suivi la rivière sur sa rive ouest afin de profiter du soleil du matin, celui qui vient frapper les façades des bâtiments colorés de ce quartier plus industriel. Ici, pas de foule. Peu de circulation. Quelques motos, des travailleurs, des enfants en uniforme scolaire.

Parfait.

Ma façon de photographier est simple. Lorsque je découvre un décor intéressant, je m’arrête. Puis j’attends.

J’attends que les acteurs entrent en scène.

Qu’un passant apparaisse. Qu’une silhouette traverse la lumière. Qu’un regard, un geste, une posture viennent soudain raconter une histoire. Leur histoire. Celle de leur quotidien.

Interrogation

Évidemment, cette façon de faire attire l’attention.

Pas toujours celle que j’aimerais.

Pour les habitants du quartier, voir un étranger immobile de l’autre côté de la rue, appareil photo en main, pendant plusieurs minutes, peut sembler étrange. Suspect, même.

Ce qu’eux ne voient pas, mais que moi je vois, c’est ce mur de béton usé recouvert de panneaux de métal rouge vif formant un triangle presque parfait. C’est cette ligne de lumière qui découpe le trottoir. Cette ombre qui glisse lentement sur la façade.

Il ne manque plus qu’une personne pour compléter le tableau que j’ai en tête.

Une seule.

Et ce n’est pas toujours simple. Il faut attendre le bon moment. Que personne d’autre n’entre dans le cadre. Que la rue, pourtant chaotique, m’offre enfin quelques secondes de grâce.

Ce matin, quelqu’un m’a demandé ce que je faisais là.

« Qu’est-ce que tu photographies, au juste ? »

Même avec les meilleures intentions du monde, et même lorsqu’il n’y a pas vraiment de barrière de langue, il n’est pas facile d’expliquer ce qu’est la photographie de rue.

Dire que je m’intéresse à leur quotidien, que je cherche à le transformer en image avec des détails que personne ne remarque vraiment, risque souvent de soulever encore plus de questions.

Alors ce matin, je n’ai rien expliqué.

J’ai simplement montré la photo que je venais de prendre.

Et, pour une fois, l’expression « une image vaut mille mots » a pris tout son sens.

Dernier article de Katmandou

Demain sera une journée de préparation avant la prochaine étape de ce long périple.

Mais avant de vous retrouver dans une nouvelle ville, je voulais vous laisser avec quelques clichés. Probablement mes derniers ici, à Katmandou.

Des images qui, pour moi, représentent la vraie street photography.

Ces photos qui font parfois sourciller. Ces scènes du quotidien que la plupart des gens traversent sans les voir. Ces petits tableaux ordinaires que j’essaie d’immortaliser avec la bonne lumière, au bon moment.

Et, toujours, avec ma petite touche artistique. 📷✨

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