Changement au programme

Pour les plus incrédules d’entre vous, je préfère vous prévenir d’entrée de jeu : cet article provient du futur. Oui, oui… directement de l’an 2083.

Ici, au Népal, le temps ne s’écoule pas tout à fait comme chez nous. Hier, on célébrait le Nouvel An népalais — le Nava Varsha. Exit le calendrier grégorien, place au Bikram Sambat, qui propulse ce pays plusieurs décennies devant nous. Alors, peu importe où vous êtes sur la planète, permettez-moi de prendre un instant pour souhaiter à tous les Népalais : Naya Barshako Shuvakamana!

Dans mon dernier billet, je vous parlais de la prochaine étape de mon périple. Me voilà maintenant à Sauraha, petit village tranquille posé à l’entrée du parc national de Chitwan. Ici, les visiteurs viennent pour une chose : la jungle. Safaris, éléphants, tigres du Bengale, crocodiles, rhinocéros unicorne… un véritable documentaire animalier grandeur nature.

Autant dire que, pour le photographe de rue que je suis, le décor détonne.

Alors, pour m’adapter — ou plutôt contourner le problème — j’ai loué un vélo. Une façon simple de partir à la recherche de scènes de vie, même au cœur d’un environnement qui m’est moins familier.

Le vélo rose

Je crois sincèrement avoir été, malgré moi, une petite attraction locale.

Imaginez la scène : un étranger, juché sur un vieux vélo rose, légèrement défraîchi, avec un petit panier à l’avant dans lequel repose mon sac photo. Rien de très élégant, on s’entend… mais impossible de passer inaperçu.

Les sourires que j’ai croisés sur mon chemin valaient largement le coup.

Apprentissage

Ces quelques jours m’ont appris plus que je ne l’aurais cru.

D’abord, une vérité fondamentale : ne jamais sous-estimer le siège d’un vélo. Après 15 à 20 kilomètres par jour, un modèle « de base » devient rapidement un instrument de torture. Mon postérieur peut en témoigner.

Ensuite, faire du vélo et de la photo… du moins pour moi, c’est un duo qui manque cruellement d’harmonie. Chaque fois qu’une scène captait mon regard, il fallait s’arrêter, descendre, ouvrir le sac… et, inévitablement, le moment s’était déjà envolé. Repéré depuis longtemps, le sujet perdait toute spontanéité.

Enfin, et peut-être le plus révélateur : les scènes rurales ne viennent pas me chercher comme je l’aurais espéré. Observer les paysans au loin, dans les rizières ou les champs, reste beau, certes… mais ça ne déclenche pas chez moi cette étincelle que je recherche.

Heureusement, quelques rencontres inattendues sont venues pimenter mes journées. Croiser des éléphants au détour d’un chemin, en fin de journée, ça a le mérite de surprendre… et de rappeler où l’on se trouve.

Ajustement

Ce matin, la décision s’est imposée d’elle-même.

Je vais écourter mon séjour ici. Demain, je prends la route vers Pokhara — pour un passage plus bref que prévu, lui aussi. Mon voyage approche doucement de sa fin, et je ressens le besoin de recentrer mes priorités.

Maximiser mes dernières occasions de photographier. Retrouver ce qui m’anime vraiment.

La dernière destination de mon périple sera, pour moi, un retour aux sources. Un lieu chargé de sens, là où mon attirance pour l’Asie a commencé. Mais ça… je vous en parlerai en temps voulu.

Pour l’instant, je vous laisse avec quelques images de ce passage à Sauraha — un séjour différent, parfois déroutant, mais somme toute agréable.

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