Les deux P de Cox’s Bazar
J’ai quitté Dhaka il y a deux jours pour mettre le cap vers le sud du pays, direction Cox’s Bazar, véritable destination de prédilection des vacanciers bangladais. Mis à part deux ou trois Occidentaux — dont je fais partie — tous les touristes que je croise ici sont des locaux venus profiter d’un peu d’air marin.
Dès l’arrivée, le contraste avec Dhaka saute aux yeux. Le rythme ralentit, la circulation se fait plus fluide… même si les klaxons, fidèles à la réputation du pays, refusent de prendre des vacances! On demeure au Bangladesh, après tout.
Ici s’étire fièrement la plus longue plage de sable naturelle au monde : 120 kilomètres ininterrompus bordant le golfe du Bengale. Autant dire que si l’envie vous prend de la parcourir d’un bout à l’autre, mieux vaut prévoir une bonne réserve d’eau… et quelques ampoules aux pieds.
Mais trêve d’introduction. Le billet du jour se décline sous le signe de la lettre P : comme Poissons et comme Plage.
Je me suis levé à l’aube pour me rendre au Fishery Ghat, là où les bateaux de pêche accostent et déversent leur récolte du jour. Le spectacle est brut, vivant, authentique. Les prises sont étalées à même le sol, les commerçants se pressent, les négociations s’enchaînent. Ça discute, ça calcule, ça argumente. Les voix montent parfois d’un cran quand une entente tarde à se conclure. Des hommes, des jeunes, des aînés — chacun joue son rôle dans cette chorégraphie parfaitement rodée où l’économie locale bat son plein.
À la tombée du jour, je marche longuement le long de la plage, les pieds nus effleurant l’eau tiède du golfe du Bengale. La scène a presque quelque chose de romantique… mais mon œil reste en éveil. Familles endimanchées venues admirer le coucher du soleil, enfants éclaboussant les vagues, vendeurs ambulants sillonnant le sable. La lumière rasante transforme chaque silhouette en tableau vivant.
Je me perds ensuite dans les petits bazars qui bordent la plage. Le soleil déclinant y dessine des contrastes puissants, des ombres dramatiques le long des allées étroites ponctuées d’échoppes colorées. Encore une fois, la rue m’offre ce que je cherche toujours : des scènes simples, humaines, authentiques.
À Cox’s Bazar, les deux P ne sont pas qu’un thème de billet. Ils sont le pouls même de la journée.