Nazirartak…
Tôt ce matin, un rickshaw m’attendait à la porte de l’hôtel. J’avais pris soin, la veille, de m’entendre avec le chauffeur pour une destination bien précise — celle qui m’a attiré à Cox’s Bazar en tout premier lieu.
À peine sept kilomètres vers le nord, une courte escapade en apparence. En chemin toutefois, une petite montée d’adrénaline dont je me serais bien passé : contrôle routier par un garde de l’armée. Je n’avais pas réalisé que notre itinéraire traversait la base aérienne de la région. On me demande mon passeport. Que je n’avais pas, évidemment… du moins pas sur moi. Heureusement, j’en avais une photo sur mon téléphone — ce qui a provoqué quelques grognements du garde, peu impressionné par ma version numérique de l’identité officielle. Après quelques vérifications, le touriste suspect a été jugé inoffensif. Nous avons pu reprendre la route.
Sans même surveiller le GPS, j’ai compris que nous approchions. L’odeur ne mentait pas. Une odeur franche, tenace, enveloppante. Ça sentait le poisson… et pas qu’un peu. Aucun doute : nous étions arrivés à Nazirartak Dry Fish Village.
Comme son nom l’indique, c’est un village entier dédié à une seule activité : le séchage du poisson. Du minuscule fretin aux prises beaucoup plus imposantes (on parle bien des poissons, évidemment), tout converge vers cette industrie. On retrouve ici la plus grande concentration de production de poisson séché du pays.
Toute la communauté participe au processus. Le poisson arrive dans de grands sacs, déjà trié par taille. Il est ensuite écaillé au besoin, lavé, salé, puis soigneusement étendu sur d’immenses claies de bambou. Pendant plusieurs jours, sous un soleil implacable, on le retourne patiemment jusqu’à ce qu’il atteigne la texture recherchée. Un ballet répétitif, précis, presque chorégraphié.
Encore une fois, les travailleurs semblaient surpris de voir un touriste, appareil photo à la main, déambuler entre les étalages de bambou pour documenter leur quotidien. Certains m’ont accueilli avec un large sourire, amusés ou curieux. D’autres se sont montrés plus réservés, préférant éviter l’objectif — un choix que je respecte toujours.
Sans vous faire sécher plus longtemps, je vous laisse découvrir ce que mon regard a capté à travers l’objectif.