Les rencontres
J’ai cette chance un peu irréelle de pouvoir voyager à travers le monde. D’attraper au vol des scènes improbables, de figer des émotions brutes à travers cette petite boîte noire suspendue à mon cou. Elle capte tout — ou presque — la beauté de cultures différentes, parfois déroutantes, souvent enivrantes, qui donnent le vertige comme un roller coaster lancé à pleine vitesse.
Mais au fond, tout ça… ce n’est qu’une partie de ce que je viens chercher.
Présence humaine
Dans mes photos, il y a presque toujours quelqu’un. Une silhouette, un regard, un geste. J’ai besoin d’humains pour raconter mes histoires. D’acteurs, même silencieux. Parce que derrière le photographe de rue, il y a d’abord un homme.
Lorsque je lève mon appareil vers quelqu’un, ce n’est pas seulement pour prendre une photo. C’est une invitation. Une perche tendue. Comme si je leur passais un micro invisible en leur disant : « Raconte-moi qui tu es. »
La plupart du temps, ces échanges se résument à un sourire. Un instant suspendu. Puis chacun reprend sa route.
Mais parfois… quelque chose s’ouvre.
Malgré la barrière de la langue, les gestes prennent le relais. Les regards deviennent des phrases. On échange des histoires, des rires, parfois même des contacts ou un numéro WhatsApp griffonné à la va-vite. Et souvent, la scène attire d’autres curieux — des passants qui s’approchent, écoutent, traduisent, participent. Une rencontre en appelle une autre.
Ces moments me ramènent à Dhaka, au tout début de ce voyage. Assis sur un banc, près d’une mosquée, un vieil homme m’avait abordé, curieux de comprendre ma religion. Une discussion simple, mais profonde.
Ou encore à Jaipur, il y a deux ans. Un homme âgé m’avait littéralement adopté le temps d’une promenade, me présentant fièrement à tous ses voisins dans un quartier loin des circuits touristiques. Sa gentillesse m’avait marqué.
Et puis hier, à Panaji, dans un petit marché aux poissons. Un homme de 88 ans, les yeux brillants, me faisait défiler sur son iPhone les photos de son jardin fleuri. Chaque image était une fierté. Chaque fleur, une histoire.
Aujourd’hui, à Mapusa, la scène se répète, mais différemment. Un marchand d’accessoires m’aborde. On parle. Longtemps. De sa vie, des épreuves qu’il a traversées, de ce qui l’a construit. Trente minutes qui filent sans que je les voie passer.
Je repars avec un foulard en cachemire… mais surtout avec bien plus que ça. Une rencontre vraie. Marquante. Pour lui comme pour moi. On se quitte avec une accolade sincère, comme si, pendant un instant, nos deux trajectoires s’étaient parfaitement alignées.
Oui, je suis photographe.
Mais avant tout… je suis humain. Et ce sont ces rencontres-là que je viens chercher.
Aujourd’hui, vous ne verrez pas d’images de ces moments. Parce que ceux-là, je les vis appareil rangé, bien à l’abri dans mon sac.
Je vous propose plutôt, comme dans mon article précédent, quelques images coup de cœur de Goa.
Demain… je m’envole vers Kochi. ✈️