Shipyard et « Made in Bangladesh »
Hier fut une journée que j’avais soigneusement planifiée avec un guide local — et que j’attendais avec une impatience fébrile.
En milieu de matinée, nous avons fait un bref arrêt à Sadarghat, immense terminal fluvial sur les rives de la Buriganga. De là, nous avons embarqué sur un petit bateau pour traverser vers l’autre rive, où nous attendait le fameux chantier naval de Dhaka.
Le shipyard est un vaste chantier de réparation de navires, aussi spectaculaire que saisissant. Des carcasses de bateaux éventrées, des coques rouillées, des étincelles qui jaillissent sous les coups de soudure… et surtout, des travailleurs infatigables œuvrant dans des conditions pour le moins précaires. Autour du chantier gravitent de petits ateliers et des marchands de pièces de toutes sortes : chaînes massives, amarres usées, hélices cabossées. Un véritable théâtre industriel à ciel ouvert — brut, intense, fascinant.
Quelques rues plus loin, l’expression « Made in Bangladesh » a soudainement pris tout son sens.
J’ai visité un immeuble qui, disons-le, aurait bien besoin d’un peu d’amour. À l’intérieur, plusieurs petits ateliers de couture s’entassaient étage après étage. Au milieu de montagnes de vêtements, de jeunes ouvriers — pour la plupart — travaillaient dans des conditions qui feraient bondir bien des défenseurs de nos normes du travail.
Et pourtant… des sourires francs illuminaient les visages. On sentait une certaine fierté, peut-être même une curiosité bienveillante, à voir un touriste étranger s’intéresser à leur quotidien.
En quittant les lieux, une pensée m’a suivi longtemps : la prochaine fois que j’achèterai un vêtement, je regarderai son étiquette autrement. Derrière ces quelques mots — « Made in Bangladesh » — il y a des visages, des histoires, des réalités que l’on ne soupçonne pas toujours.