Un au revoir nécessaire
S’il existe un endroit sur terre qui ne laisse personne indifférent, c’est bien Varanasi.
On ne visite pas cette ville… on la ressent, on la subit parfois, mais surtout, on ne l’oublie jamais.
Pour ce deuxième séjour dans la capitale spirituelle de l’Inde, je m’étais offert un luxe : le temps. Une semaine entière. Bien plus que les quatre jours de ma première rencontre, deux ans plus tôt. Cette fois, je voulais aller au-delà de la surface. M’imprégner de son rythme, apprivoiser son chaos, tenter d’en saisir l’essence… même en sachant que c’est peut-être une mission impossible.
Mon voisinage
Chaque matin avait le goût d’un rituel.
Je me levais avec l’envie presque enfantine de surprendre la ville dans son éveil, de capter ce moment fragile où la nuit cède doucement sa place au tumulte.
Varanasi respire différemment à l’aube.
Au pied du Dashashwamedh Ghat, mon premier arrêt était immuable. Le petit kiosque. Le chai brûlant entre les mains. Premier réconfort. Premier sourire. Et surtout, premiers regards échangés avec les locaux.
Jour après jour, les visages devenaient familiers. Les salutations plus naturelles. Comme si, tranquillement, sans m’en rendre compte, je me taillais une place dans ce décor millénaire.
Se sentir chez soi… à 11 607 kilomètres de mon Québec natal. Une sensation étrange, presque irréelle.
Sac sur l’épaule, appareil photo prêt, je me retrouvais face au Gange. Toujours ce même réflexe : regarder à gauche… puis à droite.
Manikarnika Ghat ou Assi Ghat ?
Mais certains matins, je choisissais autre chose.
Me perdre.
Disparaître dans le dédale des ruelles étroites, à l’abri du soleil déjà écrasant, loin de l’effervescence grandissante des ghats. Là où la ville se révèle autrement, plus intime, plus brute.
Et puis, inévitablement, mon estomac me rappelait à l’ordre.
Une pause s’imposait.
À deux pas de mon hôtel, j’avais mes repères. Mes habitudes. Mes petites adresses.
Un thali réconfortant, un curry de pommes de terre et chou-fleur, ou encore un masala dosa parfaitement croustillant. Des plaisirs simples, mais devenus essentiels.
Rassasié, je reprenais la route, laissant mes pas me guider jusqu’à la tombée du jour.
Le soir venu, de retour dans ma chambre, bouteille d’eau glacée à la main, ordinateur posé sur les genoux, je replongeais dans ma journée.
J’écrivais.
Je triais mes images.
Je revisitais ces fragments de vie capturés à la volée, ces instants qui, autrement, se seraient dissous dans le flot incessant de la ville.
Le tour du jardin
Jour après jour, ce rituel s’est répété.
Et avec lui, une étrange familiarité s’est installée.
Les mêmes vendeurs. Les mêmes offres lancées avec le sourire : promenade en bateau, bracelets, massage… et parfois des propositions aussi improbables qu’inattendues.
Les mêmes visages, les mêmes regards. Comme si, dans ce chaos organisé, une routine avait fini par émerger.
J’ai arpenté, presque sans m’en rendre compte, les 84 ghats de Varanasi.
Je me suis perdu des dizaines de fois dans son labyrinthe… et retrouvé tout autant.
La ville n’avait presque plus de secrets pour moi.
J’ai bien dit presque.
Car Varanasi garde toujours une part de mystère. Une part qu’elle ne dévoile jamais complètement.
Le plan initial était le bon.
Il est maintenant temps de partir. De changer de ville. De pays.
Et, d’une certaine façon, de tourner une page… même d’approcher doucement une nouvelle décennie.
Contrairement à mes précédents billets, je vous laisse cette fois avec une série d’images qui n’ont pour seul fil conducteur que d’être mes coups de cœur de la semaine.
Des fragments de ce que mon regard a su capter : une lumière, un contraste, un visage, une émotion.
Des instants suspendus, qui racontent peut-être mieux que les mots ce que Varanasi est réellement.
Varanasi,
je te dis au revoir.
Parce que, au fond de moi,
je sais que je ne serai jamais capable de te dire adieu.