Durbar Square
Ces derniers jours, j’ai joué mon rôle à la perfection : celui du touriste curieux, appareil photo en bandoulière, regard grand ouvert. Katmandou et sa voisine Patan — ou Lalitpur pour les intimes — deux cœurs battants d’une vallée où chaque pierre semble raconter une histoire.
Ici, les Durbar Square, ces anciennes places royales, ne sont pas de simples attraits touristiques. Elles portent l’empreinte d’une époque où la puissante dynastie Malla régnait sur la vallée, du XIIe au XVIIIe siècle. À la mort du roi Yaksha Malla en 1482, son royaume fut morcelé, donnant naissance à trois cités rivales : Katmandou, Patan et Bhaktapur. Trois joyaux que je prends plaisir à découvrir, un à la fois.
Katmandou Durbar Square (Basantapur)
C’est ici que réside la mystérieuse déesse vivante, la Kumari. Je ne l’ai pas vue. Pas cette fois. Mais ce n’était pas vraiment le but. Je suis venu ici pour capturer des instants, pas pour courir après eux. Et puis, même si j’avais été chanceux, il est interdit de la photographier.
Les temples, les palais, les musées… tout ici justifie le prix d’entrée. C’est un festin visuel. Chaque détail attire l’œil, chaque recoin mérite une pause.
Seul bémol — et il faut bien en parler — l’insistance des vendeurs. Omniprésents, tenaces. Je comprends leur réalité, leur besoin de gagner leur vie. Mais disons que mon « No thank you » perd rapidement de sa crédibilité après la dixième tentative.
Patan Durbar Square (Lalitpur)
Depuis le début de ce voyage, mi-février, la météo m’avait épargné. Soleil généreux, ciel dégagé. À peine quelques gouttes aperçues en quittant Varanasi.
Mais aujourd’hui… tout a changé.
Le soleil a pris congé. Et avec lui, la chaleur. À sa place : un ciel lourd, gris, qui semble décidé à se vider entièrement sur la ville.
Et moi, fidèle à mon optimisme naïf de voyageur… totalement mal équipé. Pas de manteau. Pas d’imperméable. Pas de parapluie.
Pour rejoindre Patan, je saute dans un taxi… enfin, appelons ça un taxi. Sept kilomètres de chaos urbain. Trente minutes à me cramponner à mon siège, coincé à gauche d’un conducteur qui ne parle pas un mot d’anglais. Entre les secousses et le trafic imprévisible, je me demande sincèrement si je vais arriver entier.
Enfin arrivé… ou presque
Je descends. Entier. Victoire.
Mais toujours sans parapluie.
Et évidemment… la pluie reprend de plus belle.
Je marche vite. Très vite. Cherchant refuge sous tout ce qui dépasse : corniches, toits, balcons. J’atteins enfin le Durbar Square. Billetterie. Puis les bâtiments intérieurs. À l’abri… temporairement.
Habituellement, je ne m’attarde pas dans les musées. Mais aujourd’hui, je n’ai pas vraiment le choix. Alors j’attends. J’observe. Je tente quelques clichés.
En vain.
La lumière est plate. Les scènes sans vie. Trop de visiteurs. Rien ne s’aligne avec mon regard.
La quête
Avec le temps, une autre quête s’impose : celle d’une accalmie.
Retrouver la rue. Mon terrain de jeu.
Je décide de sortir malgré la pluie. En passant devant une boutique, une voix m’interpelle :
“Need an umbrella?”
Mon sauveur.
Enfin… en théorie.
Car tenir un parapluie d’une main et un appareil photo de l’autre s’avère rapidement être une fausse bonne idée.
La bonne nouvelle
Non, le soleil ne revient pas.
Mais une autre raison m’avait amené ici : la cuisine newari.
Et là… jackpot.
Je trouve un petit restaurant caché, presque invisible depuis la rue. Une porte minuscule mène à un étroit couloir sombre. Le sol est parsemé de seaux en plastique qui recueillent l’eau qui s’infiltre du plafond. Prometteur… ou inquiétant.
À l’intérieur, quelques tables. Une ambiance rustique. Éclairage tamisé. Deux femmes, assises près du sol, préparent les plats avec une précision tranquille.
Je demande un assortiment. Un peu de tout.
Quelques minutes plus tard, les assiettes arrivent :
Chiura, Choila, Bara, Aloo Tama, accompagnés de haricots et de soja grillé.
Un festin.
Pour à peine 5$.
Enfin, un rayon de soleil… dans l’assiette.
Adaptation
Plus tard, entre deux averses, je réussis à capturer quelques images. Pas celles que j’imaginais. Mais des images quand même.
Parce qu’au fond, voyager, c’est ça.
S’adapter. Composer avec l’imprévu. Accepter que le plan ne se déroule pas toujours comme prévu… et découvrir malgré tout quelque chose de précieux.
En écrivant ces lignes, je réalise que ce ne sont pas seulement les photos que je collectionne, mais les moments. Les sensations. Les contrastes.
C’est pour ça que je voyage.
Pour les images, oui.
Mais surtout pour tout ce qu’elles ne montrent pas.
Comme d’habitude, je vous laisse avec quelques clichés capturés au cours de ces deux derniers jours dans ces places royales chargées d’histoire.
Demain… direction Bhaktapur.